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Brèves
La France perd son AAA. Le Maroc doit-il trembler?
Date de parution le 18/01/2012
La dégradation de la note de la dette souveraine française ne pourrait être sans impact sur les 36 entreprises du CAC4O présentes au Maroc. La décision de Standards and Poor’s (voir aussi page 14) a retenti ce week-end telle une sentence sans appel, qui vient envenimer la situation de récession que vit la France. Une annonce non sans conséquences sur les partenaires économiques de l’Hexagone. Face à une situation aussi délicate, le Maroc doit être prudent sur ses prochaines décisions. Surtout que la France est son premier partenaire toutes catégories confondues. Les entreprises françaises constituent un noyau important dans l’économie locale. Banques, industrie, télécoms, BTP… les firmes de l’Hexagone sont partout. Cette dégradation ne tardera pas a avoir des effets sur ces structures. «Concrètement, l’Etat français va devoir économiser en diminuant les dépenses publiques ou bien en augmentant les impôts. Certains militent même pour un défaut de l’Etat français sur sa dette», explique Thami Kabbaj, professeur agrégé d’économie et de gestion à Paris Dauphine et ancien trader. L’augmentation de l’imposition des entreprises françaises réduira considérablement leur capacité de financement et d’investissement. Logiquement, cette situation pourra affecter les filiales marocaines de grands groupes français. Diminution des investissements, rapatriement plus important des dividendes, gel des recrutements et autres mesures peuvent être donc entrepris. Toutefois, «la campagne présidentielle et les difficultés auxquelles les entreprises de l’Hexagone font face plaident pour qu’il n’y ait pas de hausse de l’imposition des entreprises», estime l’économiste Driss Benali.
Afin d’arriver à limiter l’impact de la perte du triple A, il va falloir analyser les conséquences de cette décision. «L’abaissement d’un cran de la note sur l’économie française augmentera forcément le taux d’intérêt obligataire vu que le risque est plus grand», explique Hicham Moussaoui, maître de conférences à l’université Moulay Slimane de Beni Mellal et analyste au sein du Think Tank libéral www.unmondelibre.org. En d’autres termes, le coût de la dette sera plus important. Aussi, le rendement demandé de l’investissement devrait-il augmenter et donc l’Etat remboursera plus cher sa dette. Cette logique implique que la capacité d’investissement de l’Etat français devrait être réduite. A titre d’exemple, les aides internationales pourraient être diminuées ou encore les investissements à l’étranger reportés. Toutefois, l’Elysée ne s’est pas encore prononcé sur les mesures qui seront engagées. «La politique d’austérité qui pourrait être adoptée par Paris générera davantage de chômage. Une situation qui touchera les ressortissants étrangers (ndlr: MRE) en premier», tient à préciser Benali.
Face à ces perspectives, même les entreprises françaises sont menacées par la dégradation de leurs propres notes. Les grands groupes du CAC40 et les institutions financières sont les premiers concernés. A noter que durant ces 10 dernières années, ces mêmes entreprises ont mené d’importants investissements au Maroc. Tramway pour Alstom, usine automobile de Melloussa pour Renault, nouveaux hôtels pour Accor et bien d’autres projets sont dans le pipe. Toutefois, à en croire les analystes, «ces investissements ont atteint une maturité suffisante pour ne pas être impactés par la situation économique de l’Hexagone». Ainsi, le premier effet se ressentira au niveau des échanges commerciaux. En effet, les ménages français verront leur pouvoir d’achat baisser à cause de l’augmentation de leur endettement. Par conséquent, la consommation et les importations de certains produits seront considérablement réduites. Fautes de moyens, les Français voyageront moins. Pour Thami Kabbaj, «l’une des conséquence serait l’accès difficiles des marchés pour nos exportateurs et donc une perte concrète sur le plan des échanges internationaux. Aussi, les flux en provenance des MRE devront diminuer». Sur la base de cette analyse, le Maroc est tenu d’attirer les capitaux des pays les plus stables. De ce fait, le renforcement du partenariat avec les pays du Golfe représente une initiative en mesure de réduire la dépendance du Maroc vis-à-vis du Vieux continent (la France représentait 49% des investissements cumulés sur la période 2001-2010, avec 123 milliards de DH). «L’enjeu pour les entreprises marocaines est de diversifier leurs débouchés et de se tourner vers de nouveaux marchés, que ce soit en Afrique ou ailleurs», explique Thami Kabbaj, également directeur général de TKL Trading.
Source: L'économiste
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