Par son envergure, le projet Renault à Tanger marque un tournant dans l’industrie automobile. C’est surtout une juste consécration cette activité qui fut la première à être dotée d’une vraie politique industrielle en 1995.
Date de parution le 25/02/2011
Le projet de l’Alliance Renault/Nissan, permet non seulement au Maroc de prétendre au statut de constructeur, mais également d’affirmer ses prétentions de plateforme de l’investissement étranger. Sur la carte mondiale de l’automobile, le Maroc est dorénavant un acteur important. C’est un élément fondamental dans le contexte géopolitique régional.
La taille du complexe industriel de Renault - un milliard d’euros (11,5 milliards de dirhams) d’investissement, 36000 emplois et une production annuelle à terme de 400.000 véhicules- fait de ce programme l’un des plus importants projets industriels jamais réalisés au Maroc. Par sa capacité d’entraînement et de son écosystème, il pose définitivement les fondations d’un secteur industriel dans l’automobile. Et en cela, il constitue un véritable tournant.
Sur le plan local, l’impact de ce projet sera bénéfique pour l’ensemble du secteur. En réalité, Renault n’est que la partie visible de l’iceberg. Le Pr Gérard De Bernis, concepteur de la fameuse théorie, - pas toujours heureuse- de l’industrie industrialisante connue de plusieurs générations d’étudiants- aurait applaudi. Plusieurs grands équipementiers ont commencé à s’installer dans la région. Tanger Free Zone a réservé dans un premier temps une assiette foncière de 60 ha pour recevoir les fournisseurs de rang 1 de Renault. L’investissement prévisionnel desdits fournisseurs est estimé à un milliard d’euros.
18 fournisseurs de rang 1 ont été retenus par Renault, dont 13 s’implantent pour la première fois au Maroc tels que Snop, GMD, Viza, Takata, Inergy, Saint-Gobain, Denso, etc. De ces majors de l’équipement et composants automobiles, 6 sont classés parmi les 12 premiers mondiaux.
L’activité de Somaca reprend des couleurs grâce à la reprise de la demande sur les véhicules montés localement, le marché international et un peu d’émulation. Les indicateurs d’exploitation de la société explosent. C’est surtout à l’export que l’entreprise enregistre une spectaculaire percée. Sur les 50.000 véhicules produits en 2010, 30% sont exportés sur le marché européen et arabe. Les perspectives de l’année 2011 tablent sur un doublement de ses exportations.
Le deuxième gros virage de l’automobile est l’ouverture du marché. Dans un an exactement, - mars 2012-, les droits d’importation sur les véhicules fabriqués en Europe auront vécu. Les véhicules européens (au sens de l’Accord d’association) seront admis à 0%. Les concessionnaires marocains ont largement anticipé cette échéance. Le client, lui, a encore quelques doutes sur la répercussion de la baisse des droits de douane sur le prix final. Il peut en revanche compter sur une intensification de la compétition qui se dessine.
Les marques asiatiques, toujours discriminées par les tarifs douaniers, ont, par leur agressivité et leur compétitivité, poussé le marché à plus d’imagination dans la politique des prix. Le différentiel d’image qui les pénalisait par rapport aux concurrents européens, a disparu. Elles remportent un gros succès auprès de ménages. Et la demande de primo acquisition se porte aujourd’hui largement sur les marques coréennes qui, très habilement, ont adapté leur politique de prix au segment majoritaire marché. Au vu du taux de motorisation encore faible- 60 véhicules pour 1.000 habitants- le potentiel est énorme.
Croissance de 60% en 2010
En terme de chiffres, le secteur automobile a enregistré des performances traduites par une croissance de ses exportations qui ont atteint un taux de 60% en 2010. Cette croissance est due, entre autres, à la récupération des équipementiers marocains des commandes destinées au préalable à d’autres marchés, en l’occurrence ceux de l’Europe de l’Est. Ceci confirme encore une fois la compétitivité du Maroc, en tant que destination privilégiée pour la production et l’exportation.
L’évolution positive du marché du commerce automobile en Europe, entraînée par la prime à la casse instaurée par les pays constituant les marchés traditionnels du Maroc, notamment la France et l’Espagne.
Abashi SHAMAMBA
Source: L'Economiste
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