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Entretiens du Club

Compte-Rendu des Seconds Entretiens du Club France Maroc

Compte-Rendu des Seconds Entretiens du Club France Maroc

Les Seconds Entretiens du Club France Maroc ont eu lieu le 2 décembre 2011 au Royal Mansour

Date de parution le 26/03/2012

« Retour des compétences et insertion professionnelle des diplômés marocains de France »

Table ronde animée par Mohamed BOUZIDI, Président de Maroc Entrepreneurs

Rapporteurs : M. Mohammed Othmane AMRANI, Ambassadeur Audencia Maroc et M. Bernard RUBI, attaché de coopération – Ambassade de France au Maroc

Intervenants :

  • M. Mohamed BACHIRI, Directeur des Ressources Humaines de Renault Maroc
  • M. Faouzi LAKHDAR GHAZAL, Président du groupe de travail Compétences scientifiques, techniques et économiques pour le développement solidaire du Conseil de la Communauté Marocaine à l’Etranger (CCME)
  • M. Yoann LE BONHOMME, Coordinateur pour la zone Afrique Moyen Orient de l’Agence CampusFrance
  • M. Karim IDRISSI, Manager de Careers in Morocco

La synthèse qui suit a été élaborée par Mlle Carole LYMERà partir des travaux de MM. Mohamed Othmane AMRANI et Bernard RUBI. Le Club France Maroc souhaite remercier tous les participants et tout particulièrement les rapporteurs qui ont permis la rédaction de ce document. Il reflète l'expression des échanges survenus durant la table ronde et ne constitue pas une position du Club FranceMaroc.

Table Ronde


La proximité, la langue mais aussi et surtout l'histoire sont autant d'explications aux relations privilégiées qu'entretiennent le Maroc et la France. Il n'est donc pas surprenant de constater que la France est une destination prisée des étudiants marocains, et ce depuis de nombreuses années.

Au-delà des raisons qui poussent les marocains à venir étudier en France, le Club France Maroc a souhaité s'interroger sur les raisons qui poussent les diplômés marocains de l’enseignement supérieur français à revenir s’installer ou non au Maroc, une fois le diplôme obtenu.

I – Un retour au Maroc de plus en plus fréquent : éléments d'explications

Il paraît important de noter que ce retour au Maroc est perçu de façon très différente selon les générations. L'appréhension augmente en fonction du temps passé en France et ne concerne pas les mêmes éléments : les jeunes générations accordent plus d'importance au salaire et ont un esprit entrepreneurial plus développé.

                        a) Les facteurs favorisant le retour au Maroc

Depuis quelques années, le Maroc est en plein développement. Cette évolution se fait ressentir à tous les niveaux (économique, sociétal etc.) et attire les jeunes marocains résidents en France. Malgré leur expatriation, ces jeunes s'intéressent à l'évolution de leur pays d'origine et souhaitent souvent contribuer à son développement. Le climat économique français, plutôt sous le signe de la récession, souligne, en comparaison, le dynamisme du Maroc.

Le retour apparaît donc ici comme un choix plutôt stratégique et rationnel : il peut se traduire par une meilleure qualité de vie. Il dépend aussi de l'attachement à la famille restée au Maroc.

La perspective de carrière est différente au Maroc ou en France : une carrière dans le Royaume peut permettre d'accéder à des postes à responsabilité plus facilement et de progresser plus rapidement dans sa carrière.

Le développement du pays en général et de certains secteurs en particulier crée une demande  de la part des entreprises et facilite l'accès à l'emploi. Dans le secteur de la logistique et des transports, par exemple, le besoin de diplômés bac + 2 et 3 est à l'origine de nombreuses opportunités.

Deux types de facteurs principaux ont été évoqués par les intervenants : certains sont d'ordre structurels alors que d'autres sont conjoncturels. Ils permettent d'apporter des explications à la hausse du nombre de retours au Maroc. Si cette tendance est manifeste, elle se heurte cependant à des réticences.

                        b) les freins réels ou fictifs

Si le Maroc est un pays en plein développement, l'environnement général peut parfois inquiéter les jeunes expatriés. La qualité des services tels que l'éducation, la santé ou la sécurité est parfois discutée.

Outre ces considérations, des freins réels peuvent retarder, voire empêcher le retour. Ont  été évoquées la non préparation à l’entretien d’embauche par les universités françaises mais également l’absence fréquente de réponses par les entreprises sollicitées.

De plus, avant même de postuler, on note que les secteurs qui connaissent un développement réel et rapide au Maroc sont souvent méconnus des diplômés. Lorsque ces secteurs sont connus, ils souffrent souvent d'un grave manque de valorisation.

Un des facteurs déterminant du retour, notamment pour les jeunes générations, dépend du salaire. De nombreux marocains diplômés de France et travaillant en France prétendent à un salaire équivalent et ressentent une baisse de salaire comme la dégradation de leurs compétences.

Cependant, ceci n'est qu'une question de perception, puisqu'il est nécessaire ici de faire la différence entre le salaire perçu et le niveau de vie. Le pouvoir d'achat n'est effectivement pas le même en France et au Maroc.

Non seulement l'évolution du salaire n'est pas la même dans chaque pays, mais on constate que l'écart de salaire entre les cadres supérieurs en France et au Maroc diminue, tout comme l'écart d’exigence de la part des entreprises.

De nombreux diplômés pensent que leur retour ne pourra se faire qu'à travers une PME/PMI, car les grands groupes semblent peu présents, et cela leur paraît peu valorisant. Pourtant 36 entreprises des 40 membres du CAC 40 français sont présentes au Maroc.

Enfin, les exigences des expatriés ne leur permettent pas toujours de revenir au Maroc : on note une volonté de travailler sur des fonctions de supports et de management et non sur des tâches de production.

II - Améliorer la tendance au retour au Maroc : propositions et pistes de réflexion

                        a) Le rôle des acteurs institutionnels : entre information et accompagnement

Un engagement plus prononcé de l’État Marocain pourrait favoriser le retour des marocains résidents en France. Il est possible qu'un accompagnement individualisé permette de maintenir un lien plus fort avec le pays d'origine. Ainsi, par exemple, la Corée dispose d’un fichier sur chaque Coréen en France. Ceci permet non seulement de rester en contact avec l'expatrié mais aussi de l'accompagner tout au long de son séjour.

Une meilleure communication sur l'économie réelle du Maroc, sur les secteurs en développement et les métiers d'avenir, mais aussi sur les évolutions sociétales, pourrait faciliter la recherche d'information. Par exemple, un site internet comme le RNCP (Répertoire National des Certifications Professionnelles) pourrait être utile.

Dans ce sens, les associations d'anciens, ou d'autres acteurs, pourraient, elles aussi, contribuer à l'information des expatriés, en donnant la parole à des personnes retournées vivre au Maroc, ou tout simplement en informant sur les démarches à suivre pour s'installer au Maroc.

En terme d'éducation, les liens entre le milieu académique (privé comme public) et le milieu économique gagneraient à être renforcés.

De plus, il serait pratique d'établir un document fixant l'équivalence des diplômes, afin d’améliorer la compréhension entre les diplômés et les employeurs.

                        2) Les acteurs privés : du recrutement à la fidélisation

Les entreprises pourraient venir à la rencontre des étudiants, en favorisant éventuellement une approche sectorielle. Les fédérations d’employeurs et autres associations pourraient, par exemple, organiser des rencontres.

M. Mohamed BACHIRI, Directeur des Ressources Humaines de Renault Maroc, nous a exposé la politique de recrutement et l'offre mise en place par cette entreprise :

Dans un premier temps, l'entreprise tente de cibler les personnes qu'elle souhaite recruter grâce à des efforts de communication : il faut donc se rendre dans les forums, dans les écoles, pour aller directement à la rencontre des étudiants. Lors de rencontres entreprises/étudiants, la personne représentant l'entreprise doit être choisie avec soin et doit pouvoir répondre aux interrogations des étudiants.

L'entreprise propose également un « package ». Il est constitué de plusieurs avantages susceptibles d'attirer puis de fidéliser les étudiants : Renault propose en effet de développer les compétences de chacun grâce à des formations, assure des conditions de travail agréables, une rémunération adaptée mais aussi un projet d'entreprises exemplaire.

Les marocains sont amenés à remplacer les français travaillant chez Renault grâce à un système de parrainage.

Renault a fait le choix d’investir dans la formation et possède ainsi son propre institut. Cela permet aux employés de pouvoir toujours progresser et évoluer.

Conclusion

Le monde actuel est en pleine mutation. La hausse du chômage dans les pays du Nord est un véritable défi pour leurs gouvernements. Les intervenants ont précisé que, alors que la liberté des biens et des capitaux est acquise, la liberté de circulation des personnes pourrait s’avérer plus difficile et favoriser l'inactivité des diplômés dans chaque pays.

Si l'insertion professionnelle dans un pays étranger est peut être en passe d'être rendue plus difficile, une diaspora marocaine à l'étranger reste utile pour le Maroc. Les transferts de compétences mais aussi la diffusion de la culture marocaine à l’étranger sont des éléments importants .

Le Club France Maroc souhaite remercier encore tous les participants en général et les intervenants en particulier. Les débats qui ont eu lieu ont été d'une grande qualité et pourront, nous l'espérons, contribuer à faire avancer le débat plus large sur le retour au Maroc.



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